Je rentrais tout juste de Scandinavie. Des semaines passées à marcher dans les landes balayées par le vent, à longer des lacs sombres, à respirer l’odeur de mousse froide et de tourbe humide. Et pourtant, quelques jours plus tard, c’est ici, en compagnie de mon père, dans le massif du Taillefer, que j’ai retrouvé cette même atmosphère. Je vous emmène avec moi à plus de 2 000 m d'altitude pour découvrir un fragment de Laponie, discrètement glissé au-dessus de l’Oisans.
Sommaire
- Informations générales
- Règlementation & prévention
- L'ascension vers le plateau des lacs
Informations générales
9.3 km
492m d+
3h30
Retrouvez ma trace ici.

Règlementation & prévention
Le Plateau des Lacs du Taillefer est un espace naturel sensible, où les tourbières, les zones humides et la flore d’altitude mettent des dizaines d’années à se régénérer. Certaines zones, comme les abords du lac Noir, font l’objet de réglementations spécifiques pour limiter l’impact de la fréquentation. Ici plus qu’ailleurs, rester sur les sentiers déjà dessinés est essentiel. Le piétinement hors trace dégrade les sols spongieux, accélère l’érosion et détruit des habitats fragiles.
Il est également important et j'insiste sur ce point, de ne pas se baigner dans les lacs, de ne pas bivouaquer à proximité immédiate des zones humides, de remporter tous ses déchets, de ne pas utiliser son drone et de garder ses distances avec la faune.
La proximité du Plateau des Lacs avec Grenoble est à la fois une chance et un problème. En moins d’une heure et demie de route, on accède à un milieu d’altitude exceptionnel, ce qui explique son succès croissant, surtout les week-ends et en période estivale. Lors de cette sortie d’octobre, pourtant en basse saison, j’ai croisé près d’une centaine de personnes en montée vers le plateau et le lac Fourchu. Une fréquentation qui montre à quel point le site attire mais qui interroge aussi sur sa capacité à absorber autant de passages.
Ce type de milieu, composé de sols humides et de végétations fragiles, supporte mal la répétition des piétinements. Les sentiers s’élargissent, les raccourcis apparaissent, les berges s’érodent. Le paysage reste beau en surface, mais il s’abîme. Cela rappelle l’importance de répartir les pratiques, de choisir des horaires plus calmes, de rester discipliné sur les itinéraires, et surtout de considérer ce plateau non comme un décor à consommer, mais comme un espace naturel à préserver absolument.
Pour plus d'informations, notamment ce qui concerne le bivouac, vous pouvez retrouver toute la réglementation du site du plateau de Taillefer.
Préserver ce plateau, c’est se faire discret. Marcher doucement, observer sans déranger, et repartir en laissant derrière soi un paysage intact. Nous ne sommes pas propriétaire, nous sommes invités.
L'ascension vers le plateau des lacs
En ce matin d’octobre 2025, l’air pique les poumons. Les premières gelées ont blanchi le paysage et figé les bas-côtés. Sur la route, certaines portions sont encore glissantes. Il faut rester vigilant. L’automne en montagne ne pardonne pas l’inattention.
Le départ de la randonnée se fait depuis le parking du Poursollet, à proximité du lac du même nom. Mais ce matin-là, nous faisons le choix de commencer directement par l’ascension, sans passer par les rives. Nous savons que nous y reviendrons plus tard, au retour.
Je serre un peu plus les sangles du sac et je pars, avec cette excitation particulière propre aux randonnées d’automne. Cette sensation de marcher dans une saison de transition, quand la montagne se prépare doucement à entrer dans son long sommeil.
Cette boucle est une excellente alternative à l’itinéraire plus classique par le versant nord du Taillefer, connu pour sa montée beaucoup plus raide. En passant par ici, le départ est plus progressif, plus doux pour les jambes et pour l'esprit. Nous n'avons croisé personne en ce samedi matin.
Les trois premiers kilomètres se font sur de larges chemins forestiers, pour environ 300 mètres de dénivelé positif. Le rythme est tranquille. Juste ce qu’il faut pour se mettre en jambes, laisser le corps se réveiller, et profiter du calme de la forêt. Les pas résonnent doucement sur le sol gelé par endroits. C'est calme et apaisant.
Après avoir traversé une grande prairie, occupée ce jour-là par un cheval solitaire, le sentier nous amène à proximité des chalets de Barrière. Nous prenons alors la direction de La Valette, prochain repère sur la carte et véritable porte d’entrée vers le plateau.
Un peu plus loin, un point de vue s’ouvre soudainement. La vallée est noyée sous une mer de nuages compacte et immobile. Seules quelques crêtes émergent à l’horizon.
Puis nous atteignons enfin La Valette. Le paysage commence à changer. L’espace s’ouvre, la végétation se fait plus basse. Nous traversons le ruisseau de Rioupéroux, dernier véritable repère avant d’entrer pleinement sur le Plateau des Lacs.
Encore un peu d'effort avant d'arriver sur le plateau et surtout au premier lac, à 2000m d'altitude : Le Lac Canard.
A partir d'ici, le paysage change brutalement. Les reliefs s'adoucissent et l'espace s'ouvre. L'automne est là. Les myrtilliers rougissent et forment de grands tapis écarlates. Les herbes prennent des teintes de paille, de cuivre et d'or pale. Le sol est spongieux et gorgé d'eau.
Les tourbières apparaissent par taches sombres, miroitant et bordés par des sphaignes vert fluo et des linaigrettes qui volent au gré du vent. Les arbres se font plus rares.
Marchez avec précaution car par endroit, le sentier disparait presque et il faut lever les yeux pour se repérer à l'horizon. L'ambiance est nordique et c'est incroyable de voir ça ici, dans les alpes. Les collines sont arrondies, le paysage est feutré et extrêmement silencieux. J'ai vraiment été émue et en l'écrivant ici, j'ai juste une envie : y retourner.
Après le lac Canard, vous êtes seulement à quelques mètres du prochain lac, le plus connue: le Lac Fourchu.
Il s’impose rapidement comme le point central du plateau. En automne, ses rives jaunies encadrent une eau sombre et froide et donne au lieu une atmosphère très minérale.
Nous avons pris la direction de l'Est et nous sommes descendu au Lac Noir, plus encaissé et plus minérale.
Ce n’est pas un hasard si le site est soumis à des mesures de protection. Le lac Noir et ses abords abritent des milieux sensibles, notamment des zones humides et des espèces adaptées aux conditions d’altitude. La fréquentation y est encadrée afin de limiter l’érosion des berges, le dérangement de la faune et la dégradation des habitats. Cela rappelle que ces paysages restent extrêmement vulnérables.
Ce plateau est un monde à part et fragile. Les tourbières, les plantes d’altitude, les zones humides mettent des décennies à se former. Tout pousse lentement et tout cicatrise lentement. Il est très important de suivre les sentiers pour limiter au maximum l'impact de notre passage là-haut.
Nous nous sommes assis en face du Lac Fourchu pour déjeuner. Je vous conseille de flâner selon vos envies sur ce beau plateau dominé par le sommet du Taillefer qui se trouve à 2 857 m d'altitude. Il y a de nombreux lacs et de nombreux points de vue différents, dont une superbe vue sur le massif des Arves par temps dégagé.
La boucle se referme ensuite par la descente vers le lac du Poursollet, sur un peu moins de 3km. Ce jour-là, ce fut délicat. Le sentier était raide, et par endroits gelé à l’ombre. Les pierres glissaient. Les bâtons m’ont été précieux. Il fallait prendre son temps et s'arrêtait souvent pour les genoux. Heureusement, la vue en valait la peine.
Après un léger passage en foret, retour au Lac du Poursollet vers 14h. Le soleil était haut dans le ciel. Nous sommes passés par le hameau du Poursollet et ces petits chalets privés, qui donnent un aspect pittoresque à cette fin de randonnée. Je vous conseille de vous y arrêter. Personnellement, ça m'a vraiment donné envie de chiller ici.



Le Plateau des Lacs du Taillefer est un joyau discret et silencieux. À nous de le traverser avec respect, pour que ce fragment de Nord continue longtemps de respirer au cœur des Alpes.






